Une journée avec Karim, superviseur communautaire en Guinée

Karim DIALLO, 34 ans, travaille avec l’OPALS depuis 2017 et a été recruté en tant que superviseur communautaire en 2019. Être superviseur communautaire, c’est mettre en œuvre des activités de sensibilisation des populations. A l’OPALS, ce sont principalement des activités radiophoniques, théâtrales et des sensibilisations par les femmes leaders. Ces femmes sont recrutées et formées par l’OPALS afin d’attirer l’attention des communautés sur le suivi de grossesse, l’accouchement assisté par un professionnel de santé ainsi que le suivi et l’alimentation de l’enfant.

Aujourd’hui, Karim accompagne Adama, une femme leader de la région de la sous-préfecture de Tarrihoye, pour 3 visites à domicile basées sur les signes de danger de la grossesse.

Nous commençons par 2h de moto. Karim maîtrise parfaitement les routes et sa moto, ce qui est indispensable au vu de l’état des pistes que nous empruntons.

A notre arrivée, nous nous annonçons auprès du chef du poste de santé de la localité, qui nous accompagne au domicile d’Adama. Nous la suivons ensuite jusqu’à la maison de la première femme visitée. Elle est enceinte de 6 mois environ, Adama la sensibilise donc aux signes de dangers de la grossesse et de l’accouchement. Au cours des échanges entre Adama et la femme enceinte, Karim observe attentivement les 2 femmes. Il rectifie et complète lorsque c’est nécessaire. Adama fait partie des femmes leaders qui ont le plus de difficultés à s’exprimer et faire véhiculer les messages, c’est pourquoi Karim l’accompagne tout au long de sa journée et essaie de la superviser plus régulièrement que d’autre femmes leaders qui seraient plus à l’aise avec le sujet et la méthode.

Nous suivons ensuite Adama pour sa deuxième visite. Karim profite du trajet pour lui donner de nouveaux conseils. Elle commence sa séance mais la femme enceinte est fatiguée, semble malade. Adama et Karim saisissent l’occasion pour insister sur l’importance de consulter au poste de santé et Adama décide de la laisser se reposer et indique qu’elle reviendra une autre fois. Cela souligne l’importance de bien observer son interlocuteur afin de s’assurer qu’il est dans les meilleures conditions pour comprendre le discours de sensibilisation à apporter.

Nous marchons ensuite vers un village plus éloigné pour rencontrer la troisième femme. Dès qu’Adama et la femme enceinte s’installent, plusieurs personnes s’attroupent autour d’elles. Karim leur demande de s’écarter afin que les 2 femmes puissent échanger calmement, et permettre à la femme enceinte de poser librement ses questions. La séance se déroule très bien et Adama semble prendre confiance. Karim a très peu de compléments à apporter.

Une fois la séance terminée, Karim réunit toutes les personnes s’étant approchées en début de séance. Il a observé un certain intérêt pour nos activités et des conduites à risques, il me dit notamment « regarde les enfants n’ont pas de chaussure et peuvent se blesser ». Nos activités sont essentiellement tournées vers la santé et la nutrition du nouveau-né, mais cette observation lui donne envie de proposer une session de sensibilisation plus globale. Il leur présente donc tout le contenu de la boite à images (outil utilisé pour la sensibilisation). Une dizaine de personnes restent attentives à sa présentation.

Nous rentrons au poste de santé avec Adama. Karim prend un temps pour débriefer la séance avec elle. Il souligne les points fort des interventions d’Adama, lui explique ce qui a manqué, lui donne des conseils pour la suite, insiste sur ce qui a été oublié… Puis il observera les améliorations lors de ses prochaines supervisions.

Au total, durant cette journée, nous aurons fait 47km en moto, soit 4 à 5h sur des pistes très accidentées, et 6 km à pied afin de se déplacer entre les concessions. Karim aura accompagné Adama durant 3 visites à domiciles et ils auront, à eux 2, sensibilisé plus d’une quinzaine de personnes au sein des 3 concessions.

A notre retour à la base, Karim doit rédiger son rapport de supervision et emmener sa moto chez le mécanicien pour l’entretien. Cette sous-préfecture est une des plus proches, et l’OPALS a à cœur de toucher toutes les localités, même les plus reculées, de cette préfecture de Guinée déjà très enclavée. Certaines sorties sont donc d’autant plus éprouvantes pour les superviseurs et leurs véhicules.

Demain, Karim supervisera une visite à domicile et animera une assise communautaire. La semaine prochaine il organisera des réunions de planifications et paiement des activités des femmes leader, avec l’appui du référent communautaire de l’OPALS. Ce métier présentant des activités très variées, est indispensable à la bonne réalisation de notre projet. Les activités de renforcement des capacités dans les structures sanitaires périphériques ne suffisent pas, il est indispensable de travailler au plus près des communautés afin d’initier des changements de comportements en santé.

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