Une journée à l'Hôpital Préfectoral de Télimélé, Charlotte, responsable médicale à l'OPALS, témoigne

Chaque mois, Charlotte LARGE, responsable médicale de l’OPALS en Guinée, va travailler avec l’équipe du service pédiatrie à l’Hôpital Préfectoral de Télimélé.

Elle nous raconte l’une de ses journées.

Le matin à l’Hôpital Préfectoral de Télimélé, c’est plusieurs groupes qui se composent. L’équipe de garde termine ses 16h de travail par les soins prodigués aux patients. Un représentant de chaque service muni du cahier de transmissions rejoint les médecins et infirmier.es du jour : le staff démarre à 8h30. Charlotte, responsable médicale de l’OPALS, après avoir salué l’équipe de pédiatrie, assiste au staff et poursuit la journée dans le service.

S’en suit le tour des malades avec le pédiatre. Les parents et enfants, alités dans la pièce commune d’hospitalisation, sont à la fois impressionnés et attentifs face à ce défilé de blouses blanches.

Les infirmier.ères écrivent dans leur tête, uniquement, la planification de soins de chaque patient (jusqu’à 8-10 en moyenne par jour). C’est seulement en fin d’après-midi que les consignes de soins sont notées dans le cahier de transmissions pour l’équipe de garde.

L’âge des patients va de quelques mois à l’adolescence, vaste public. La majorité des enfants hospitalisés cumulent paludisme grave avec anémie et fièvre typhoïde. La déshydratation et les dermatoses sont fréquentes également. Les soignant.es ne cessent de conseiller et sensibiliser les familles à la prévention contre les moustiques,  sur l’hygiène de l’eau ou la préparation des repas.

« Les soignant.es se retrouvent face à des enfants en stade avancé de maladie(s), leur capital veineux est pauvre.Chaque injection demande une nouvelle voie veineuse – et une certaine dose de courage et de résistance  des enfants – c’est d’ailleurs Timbi, la responsable de pédiatrie qui est souvent sollicitée pour son talent technique à trouver les veines ! »

Timbi, infirmière en chef de la pédiatrie et Dr Leno, pédiatre

La suite de la journée se déroule entre la surveillance des enfants déjà présents et celle des nouveaux arrivants.

La distance entre la pédiatrie, le laboratoire et la pharmacie ainsi que la rupture de matériel demande une adaptation continue des soignants et rendent la surveillance et la prise en charge première des enfants précaires. L’équipe est endurante et les commandes remontent à la direction.

Le pédiatre retourné à son bureau, enchaine les consultations. Plus ou moins nombreuses selon les jours, elles amènent à plus ou moins d’hospitalisations. Ces dernières sont toujours urgentes car le risque vital de l’enfant est, dans la quasi-totalité des cas, engagé.
Des décès surviennent : une anémie sévère avec des difficultés respiratoires qui n’attend pas la transfusion sanguine, une infection materno-fœtale prise en charge à J.1 ou J.2 de vie après un accouchement à domicile, trop massive pour être maitrisée.

« Mariama, l’infirmière en charge me dit « Elle était contente quand même, malgré qu’elle ait perdu son enfant. »Cette phrase me retourne le cœur, et pourtant: « Oui, elle nous a remercié d’avoir fait tout ce qu’on a pu pour aider son enfant. » »

Les familles sont très présentes auprès de leur enfant. Elles échangent entre elles. Il arrive parfois de les retrouver dehors, devant le service, à partager un repas, l’enfant dans le dos de la mère.

« Plusieurs rencontres, plusieurs discussions avec les collègues m’ont fait prendre conscience, réfléchir sur les conditions de vie et de prise de décisions des familles face à la maladie. La sécurité alimentaire de la famille et les revenus sont primaires. Les moyens nécessaires pour se déplacer vers une structure sanitaire et pour subvenir aux soins payants sont rares, de derniers recours. »

Infirmière puéricultrice en néonatalogie à Port Royal, hôpital Cochin pendant 7 ans, Charlotte termine sa journée sur une note positive :

« J’ai été amené à conseiller, soigner et prendre soins de jumeaux nés de petits poids de naissance : 1 kilo 500 et 1 kilo 900 ! Proposer et expliquer aux parents face aux soignant.es, le peau à peau, les techniques d’alimentation, d’enveloppement, a eu un impact sur leur manière de prendre en charge les ‘petits bébés’. Une unité de Soins Maternels Kangourou (SMK) a été mise en place un mois après par une ONG partenaire. Deux lits consacrés à cette unité, un service équipé en matériels et formé par deux professionnelles. C’est une base importante, un atout pour l’Hôpital où une unité propre de néonatalogie est absente, confondue entre la maternité et la pédiatrie. »

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